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Quatre questions avant de croire un chiffre

Par · · 7 min de lecture

Un chiffre paraît neutre, et il ne l'est jamais : il résulte de choix de périmètre et de calcul qui déterminent ce qu'il dit. Voici ce qu'il faut demander.

Un chiffre a une autorité particulière : il coupe court à la discussion. C'est précisément pour ça qu'il mérite d'être interrogé avant d'être repris.

1. Qui l'a produit, et comment ?

Un chiffre issu d'un organisme statistique public, d'une enquête déclarative, d'un sondage ou d'un acteur privé ayant un intérêt dans le sujet n'ont ni la même méthode ni les mêmes garanties.

Ce n'est pas une question de confiance a priori : les méthodologies sont en général publiées, et c'est cette publication même qui distingue un chiffre exploitable d'un chiffre invérifiable.

2. Sur quel périmètre ?

C'est le point qui explique la plupart des désaccords apparents. Deux chiffres contradictoires sur un même sujet mesurent souvent deux choses différentes : population concernée, tranche d'âge, territoire, période de référence, définition retenue.

Quand deux chiffres se contredisent, ils ont presque toujours raison tous les deux. Ils ne mesurent pas la même chose.

3. Comparé à quoi ?

Un chiffre isolé ne dit rien. Une hausse en pourcentage sur une base très faible reste faible en valeur absolue ; un total impressionnant peut être ordinaire rapporté à la population concernée.

Les deux questions à poser sont : quelle est la valeur absolue, et quelle était-elle avant ? Sans ces deux éléments, un chiffre ne permet aucun jugement.

4. Qu'est-ce qui n'est pas compté ?

Toute mesure a des angles morts, souvent documentés par ceux-là mêmes qui la produisent. Ce qui échappe à un dispositif de comptage, ce qui n'est pas déclaré, ce qui sort du périmètre : ces limites figurent en général dans la note méthodologique et jamais dans les reprises.

Où trouver ces réponses

Dans la publication d'origine. C'est le geste qui change tout et il est plus accessible qu'on ne le croit : les organismes publient leurs notes méthodologiques, et il suffit souvent de remonter d'un cran depuis l'article qui cite le chiffre.

Quand la source d'origine est introuvable — cas fréquent —, c'est en soi une information sur la fiabilité de ce qu'on lit.

Pourquoi je ne cite aucun chiffre ici

Parce qu'un chiffre a une date de péremption et que cet article n'en a pas. Les méthodes de lecture, elles, restent valables ; les valeurs, non. Pour les données à jour, il faut aller aux sources statistiques officielles, qui sont publiques et gratuites.

Portrait de Claire Moreau

Contributrice actualité

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