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Le registre alarmiste et le registre rassurant empêchent la même chose

Par · · 5 min de lecture

On oppose souvent les deux comme si l'un était le remède de l'autre. Ils partagent en réalité le même défaut : ils dispensent de comprendre.

C'est ma préoccupation principale quand j'écris, et celle sur laquelle j'ai le plus de mal. Le point d'équilibre n'est pas confortable, parce qu'il ne procure aucune des deux satisfactions.

Ce que fait l'alarmisme

Il installe un sentiment d'urgence qui empêche de hiérarchiser. Si tout est grave, plus rien ne l'est particulièrement, et l'attention se déplace vers ce qui est présenté le plus fortement plutôt que vers ce qui compte le plus.

Il produit aussi de l'épuisement, puis du détournement : à force de signaux maximaux, on cesse d'écouter — y compris quand le signal est justifié.

Ce que fait le registre rassurant

La même chose, en sens inverse. Il dispense d'examiner, et il désamorce l'attention avant qu'elle se porte sur ce qui mériterait un regard.

Il est souvent présenté comme un antidote au précédent, ce qui est trompeur : les deux substituent une émotion à une compréhension.

Les deux registres ont le même effet : après lecture, on ressent quelque chose et on ne sait rien de plus.

Ce que j'essaie de faire à la place

Pourquoi c'est difficile

Parce que le texte obtenu est moins prenant. L'émotion retient l'attention mieux que la précision, et un article mesuré est en concurrence directe avec des contenus qui ne s'imposent pas cette contrainte.

C'est un désavantage réel, et je ne vois pas comment le contourner autrement qu'en l'assumant. Un lecteur qui repart avec une question précise a été mieux servi qu'un lecteur qui repart avec une impression forte — même si le second aura passé plus de temps sur la page.

Portrait de Claire Moreau

Contributrice actualité

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